samedi 15 septembre 2012

Un mot d'explication


Bonjour !

Ce blog contient mon livre sur la question : Peut-on comprendre le livre biblique de la Genèse dans le sens de l’évolution ?

Comme un blog est construit avec des “posts” chronologiques, vous trouverez nécessairement le livre en sens inverse. Le début est à la fin du blog. Il faut donc utiliser soit les archives du blog, soit les libellés pour vous y retrouver. Ou, bien sûr, le lire à l’envers !

Je viens d’y ajouter un conte pour enfants. C'est une manière assez agréable pour faire comprendre les choses. 

J'ai ajouté quelques notes à l’excursus sur la chronologie ancienne qui se trouve au chapitre deux dans la section : Une réaction aux cosmogonies anciennes ?

Si vous n’aimez pas lire du gris sur noir, vous pouvez aussi demander à recevoir mon livre par PDF. Vous trouverez les détails dans la colonne de droite, tout en bas.

Bonne lecture, et merci de votre visite !

Egbert Egberts

L'étoile mystérieuse


Les nouveaux contes de fée

L’étoile miraculeuse

Avez-vous jamais eu envie de savoir voler ? Bien sûr que oui ! Est-ce que ça peut arriver, comme ça, sans moteur ? Savez-vous que c’est déjà arrivé ? Ecoutez !

Il y eut une fois un royaume terriblement dangereux, Dinomundia. Il n’y avait ni roi, ni président, ni aucune forme de gouvernement. Dinomundia était peuplé d’animaux de tous genres, mais, comme son nom l’indique, les dinosaures y régnaient en maîtres et leur règne était celui de la terreur. Les théropodes, et notamment le terrible Tyrannosaurus rex semaient la terreur dans le royaume, assistés et concurrencés par de nombreux autres horreurs sur pattes. Peu de dinosaures, et aucun autre animal, n'arrivaient à résister à leur terreur. Il n’y eut guère que le Triceratops qui avait quelque chance d’avoir le dessus. Seuls les brontosaures—on les appelle aujourd’hui des apatosaures—les diplodocus et les autres saures de taille immense pouvait brouter en paix. Leur taille les mettait en général à l’abri d’ennuis.
Vous le comprendrez, Dinomundia n’était pas un des endroits les plus heureux et paisibles.
Le royaume avait poursuivi son existence peu enviable depuis aussi longtemps que les troödons pouvaient s’en souvenir. En fait, cela veut dire qu’on l’ignorait. Le temps n’avait jamais été une préoccupation à Dinomundia. On mangeait. On s’entre-mangeait. On dormait. C’est tout.
Pourtant, très loin du royaume, au-delà de l’horizon et par-dessus tous les horizons, un danger s’approcha. Au-delà d’Antares, Dar, le dieu des changements et du bricolage, avait décidé d’intervenir et de mettre fin au malheur de Dinomundia. Dar était un bricoleur de première importance. Il avait horreur des moyens brutaux. Habituellement, il agissait en bricolant ses améliorations par tous petits pas. Quand il avait tout réfléchi, il envoya son serviteur Win, un esprit fluet et habile, pour se faufiler dans les interstices des gènes pour y apporter les mini-changements surgis dans le grand cerveau de Dar. Il changeait un A par ci, un D par là, un N encore ailleurs, de sorte que la vie ne pouvait que s’améliorer. Ainsi, les mille-pattes avaient peu à peu vu augmenter le nombre de leurs pattes. Pendant une éternité, chaque maman “mille-patte” avait eu des bébés avec une paire de pattes en plus. Quand le chiffre mille fut atteint, Dar avait décidé d’en rester là.  Pour les brontosaures et les diplodocus, Dar avait eu envie d’extravagance et, se glissant dans des interstices géniques de plus en plus béants, Win avait bricolé les queues et les cous de ces bêtes qui avaient gagné un centimètre par génération. Cela peut paraître peu, mais tout dépend combien de temps vous jouez à ce jeu ! Pourtant,  avec l’avènement de Dinomundia, il y avait eu des ratages colossaux et le résultat était la terreur. Il fallait donc y remédier.
Mais comment ? Envoyer Win pour entamer le processus à l’envers ? Dar y était formellement opposé. Il ne croyait pas, mais alors pas du tout, dans les montres qui tournaient à l’envers. C’est peut-être parce qu’il n’avait jamais appris à marcher en arrière ! Puis, il aurait fallu admettre qu’il avait fait une erreur. Impossible ! Quand tu habites au-delà d’Antares, tu ne te trompes jamais.
Enfin, il eut une idée géniale. Il rappela Win (pour ne pas le blesser) et envoya quelques gros morceaux d’étoile—il en possédait un stock important—se promener en direction de Dinomundia. Le résultat fut étonnant, à la fois prévu et imprévu. De gigantesques boules de feu éclatèrent dans le royaume. L’oxygène brûla, les poussières causèrent un hiver sombre et froid durant de longues années, des pluies acides détruisirent tout ce qui poussait. Tout le petit monde de Dinomundia disparut dans les cataclysmes. Cela, c’était prévu.  Quand vous faites exploser une bombe de cet acabit, ça fait de gros dégâts.
Mais il n’y eut pas que des résultats prévus. Le résultat imprévu fut que des dinosaures ont quand même survécu. [1] Et recevoir un morceau d’étoile sur la tête les avait manifestement affectés. Ils ne tenaient plus en place. Ça courait et ça sautait de partout. On eut dit qu’ils n’avaient plus qu’une seule envie : échapper à la terre. On les voyait courir en battant leurs pattes antérieures de toute leur force. Voulaient-ils échapper aux prédateurs ? Ou souffraient-ils d’un complexe de persécution ? D’autres grimpaient dans les arbres pour ensuite se laisser tomber en battant leurs pattes aussi frénétiquement que les autres. C’était comique à voir et on aurait pu en rire s’il n’était pas aussi évident qu’une grande angoisse s’était saisi des pauvres. Ils étaient clairement malades. Dar observait son œuvre avec perplexité. Il aurait aimé envoyer son serviteur pour assister les survivants, mais l’état de frénésie était tel que Win n’aurait eu aucune possibilité d’agir. Il fallait laisser faire la nature.
Après un certain temps de ce comportement étrange, une chose étonnante arriva. Un vélociraptor, à force de courir et de se battre les pattes a réussi à … voler ! Ne riez pas ! Peu à peu, des plumes étaient apparues sur ses pattes de devant et l’angoisse lui avait donné des ailes. Plus tard, on parlerait de syndrome AIF (Désolé, c’est en Angais ! Anguish Induced Flight, où il faut sans doute comprendre le mot anglais “flight” dans les deux sens : fuite et vol. Il s’agit du syndrome VSA, vol stimulé par l’angoisse, bien que certains scientifiques préfèrent parler de syndrome FSA, fuite stimulée par l’angoisse).
Bien sûr, il ne faut pas s’imaginer que tout allait comme sur des roulettes. Beaucoup de raptors gisaient par terre, le cou brisé par les chutes. Les pattes cassées ne se comptaient plus. Mais l’angoisse avait eu un résultat retentissant. Ils savaient voler, enfin, plus ou moins ! Ils pouvaient enfin s’arracher à la terre. Ils étaient libres !
Dar regardait tout cela avec un certain amusement. Il n’avait rien prévu de tout cela. Les débris d’étoile avaient dû leur monter au crane. Mais quel résultat prodigieux ! Une fois que la paix reviendrait, il enverrait Win pour opérer quelques bricolages afin de profiter de l’imprévu et de bâtir une nouvelle espèce.
Dans la forêt, une chose semblable s’était passée. Le sol était par endroit tapissé de raptors écrasés. Franchement, ils n’étaient pas prévus pour ce genre de vie. Dar prenait note de leur incapacité et se demandait comment y répondre. Mais une fois de plus, il fut pris de court. A force de sauter de branche en branche, les raptors développaient un genre de membrane qui se mit à relier les membres antérieurs et postérieurs. Peu à peu, au lieu de tomber, certains raptors semblaient comme glisser dans l’air. En continuant à battre leurs pattes, il y en a même qui ont réussi à s’élever. Eux aussi avaient réussi à s’arracher à la terre.
Les dinosaures ont disparu depuis longtemps. Mais l’étoile mystérieuse qui avait tout détruit avait aussi donné les oiseaux. Les dinosaures étaient devenus des dindes, des poulets, des canards et des goélands ! Ils ont appris à voler.

Mais ne pensez pas imiter les dinosaures. Ce n’est pas en courant et en bougeant les bras très fort qu’on devient un oiseau ! Il faut l’étoile. Mais oui ! Et il faut l’angoisse, la peur. Mais si, à l’avenir, un astronaute devait revenir de l’espace avec un comportement angoissé, au point qu’il se met à courir partout en jetant ses bras en l’air, rappelez-vous des dinosaures. Et regardez bien s’il commence à pousser des plumes. Alors, vous saurez.
Qui peut le dire, peut-être que cette fripouille de Win s’est déjà glissé entre vos gênes … Mais, franchement, je n’y crois pas trop. Je pense que Dar s’intéresse aux hommes comme il s’intéresse aux mille-pattes : plus du tout. J’ai comme l’impression qu’il s’est choisi un nouveau terrain de chasse. Je peux me tromper, mais je pense qu’il a envoyé Win à se glisser dans … les voitures ! Il a déjà commencé à déconnecter les clignotants. Regardez bien autour de vous. Sur la plupart des voitures, ça ne fonctionne plus. Peut-être que bientôt, nous verrons des voitures sans clignotants ! Alors, vous saurez que Win a encore frappé.


Un petit mot réservé aux enfants :
J’espère que vous avez aimé ce conte. Bien sûr, vous aviez compris que ce n’est qu’un conte. Mais savez-vous qu’il y a pas mal d’adultes qui croient que c’est comme ça que les choses se sont passées ? N’allez pas tout de suite leur dire que ça n’existe même pas ! Vous vous rappelez quand vos parents vous ont parlé du Père Noël ou de la petite souris ? En grandissant, vous avez compris tout seul que ce ne sont que des jolies histoires. C’est comme ça pour les adultes. En vieillissant, ils vont découvrir que les histoires de Dar et de son serviteur Win ne sont que des histoires. Si vous le leur dites trop tôt, ils vont peut-être se fâcher, comme vous quand un copain vous a dit trop tôt que le Père Noël n’existe pas.
En fait, mais vous le saviez probablement, c’est Dieu qui nous a créés. Il nous a faits avec deux jambes, deux yeux, un nez. Et ça n’a jamais été autrement. Quand Dieu a voulu créer les hommes, il n’a pas commencé avec une larve. Il nous a faits dès le début comme on est maintenant. Il a aussi raconté cela dans un grand livre : la Bible. Au tout début de ce livre vous découvrirez comment Dieu a créé le monde.
Vous voyez, on peut bricoler les choses, mais on ne bricole pas la vie, et encore moins les hommes.
Ne l’oubliez jamais.


Et un petit mot aux parents :
Vous l’aviez sans doute compris. Ce conte fait partie du genre docufiction, comme nous en voyons aujourd’hui des tas. Dans une docufiction, il y a documentaire et fiction. Les limites entre les deux sont souvent difficiles à distinguer. Intuitivement, nous croyons que c’est plus ou moins 50-50. Une docufiction est, pensons-nous, une réalité prouvée légèrement illustrée pour la rendre visible. Cela est sans doute vrai pour un certain nombre. Mais il y a des docufictions où la part de la fiction est de 95 à 99% et la part du documentaire, (entendez : réalité prouvée au-delà de toute discussion) est donc de … Mais non, je ne vais pas vous le dire. Après tout, vous savez certainement calculer encore mieux que moi. La prédominance de la fiction est particulièrement évidente dans les docufictions qui mettent en scène le passé lointain, voire très lointain. Dans ces cas, l’appréciation de la proportion dépend généralement de la naïveté des lecteurs ou des spectateurs. Aujourd’hui, cette naïveté a atteint des proportions géantes.
Sachez cependant, que l’origine des oiseaux est aujourd’hui couramment comprise comme indiqué dans ce conte. Cela dit loin sur l’état d’une certaine science aujourd’hui. Après tout, si on peut croire cela, c’est qu'on peut croire n’importe quoi ! Bien sûr, ce n’est pas à moi de vous dire ce qu’il faut croire. Mais je vous supplie d’utiliser votre cervelle. Cela vous évitera de tenir vos enfants en laisse de peur qu’ils s’envolent à leur tour.



[1] Les traditions sont assez confuses à ce sujet. Tout fut détruit et rien n’aurait pu survivre. Pourtant, on retrouvait des dinosaures après. Tout effort pour réconcilier les deux traditions a été vain jusque là. Mais rappelez-vous que dans un conte de fée, tout est possible !

jeudi 31 mai 2012

Un appel final à la Parole de Dieu


Un appel final à la Parole de Dieu

Il est temps de conclure.
A quoi sommes-nous réellement tenus en tant que Chrétiens qui se veulent fidèles à la Parole de Dieu ? Voilà la question importante. Notre premier souci n’est pas de rester en accord avec les développements de la science. Ceux-ci sont nécessairement frappés d’impermanence. Notre souci est de rester réellement fidèle à ce que Dieu nous révèle en sa Parole. Il n’est pas suffisant de se dire respectueux du texte de la Genèse. Cela doit se vérifier dans nos propos. Certaines interprétations annulent la Parole de Dieu selon ce que dit Jésus lui-même : Vous annulez ainsi la parole de Dieu par votre tradition que vous vous êtes donnée. (Marc 7.13)
Où tirer la ligne de démarcation entre fidélité et liberté ? Pour certains, cela est peut-être une question sans importance. Pour eux, la fidélité au dogme scientifique dominant du moment est de première importance, et l’interprétation du texte biblique est priée de se soumettre aux prémisses de la science. Avec une légèreté troublante, ils forcent le texte dans un corset darwinien, et tous ceux qui veulent tenir au texte biblique et qui refusent le dogme scientifique évolutionniste sont traités avec dédain et moquerie. Un tel dédain de la part des anti-dieu n’est guère étonnant. Mais de la part de ceux qui se disent chrétiens évangéliques, c’est autre chose. Et lorsque le dédain touche à la Parole de Dieu elle-même (il y a quelques mois, j’ai entendu un “chrétien évangélique” se moquer à la radio belge de l’idée saugrenue que l’arche de Noé puisse contenir tous ces animaux …), que reste-t-il encore de la communion des saints ?
Cela est loin d’être innocent. Je veux simplement rappeler ce que Dieu en dit par le prophète Malachie : Mais ceux qui sont fidèles à l’Eternel se sont entretenus les uns avec les autres, et l’Eternel a prêté attention à ce qu’ils se sont dit. Il les a entendus, alors on a écrit un livre devant lui pour que soit conservé le souvenir de ceux qui sont fidèles à l’Eternel et qui le révèrent. Au jour où j’agirai, déclare l’Eternel, le Seigneur des armées célestes, ces gens seront pour moi un trésor précieux. J’aurai compassion d’eux tout comme un père a de la compassion pour un fils qui le sert. Alors à nouveau vous verrez qu’il y a une différence entre les justes et les méchants, et entre celui qui sert Dieu et celui qui ne le sert pas. (Malachie 3.16-18 Semeur)

Plus en avant, il a déjà été question de ce qui est le minimum minimorum de l’exigence biblique dans le domaine des origines. Revenons-y en faisant un résumé assez rapide de ce minimum.
1. Peut-on accepter que l’âge de l’univers soit de l’ordre des milliards d’années ? Sur le plan biblique, la vraie question serait plutôt : peut-on accepter que l’espace ne fasse pas partie du cadre des jours de Genèse 1 ? Ou, dit autrement, est-il possible que la création de l’univers ne soit pas visée en Exode 20.11 (Car en six jours l’Eternel a fait les cieux, et la terre, la mer, et tout ce qui est en eux, et il s’est reposé le septième jour – version Darby) ? Ou, éventuellement, que non seulement le cadre de Genèse 1 ne soit qu’un expéditif littéraire, mais que la parole même de Dieu dans le Décalogue ne soit qu’un langage imagé ? C’est déjà repousser les limites de l’acceptable au-delà du raisonnable. Mais, … admettons.
Nous voilà avec un temps long au-delà de l’imaginable. Pour faire quoi ? La Bible nous permet-elle d’enfouir une longue et lente évolution en ce laps de temps considérable ? Il faut aussi vite se poser d’autres questions.
2. Peut-on faire dire à Genèse 1.11-25 que la création fut une évolution d’une espèce vers l’autre (peu importe ici le sens du mot espèce) ? Même si nous devions accepter que Genèse 1 constitue un cadre littéraire, cela ne nous permet pas pour autant de fermer le chapitre en disant qu’il ne dit rien sur la création en dehors des choses les plus vagues ! Les dix répétitions du texte que tout fut fait “selon sa sorte” semblent tout de même dire exactement le contraire d’une évolution entre les espèces ! Et si on devait prendre le registre fossile comme témoignage de l’évolution (nous aurons à y revenir), ce “selon sa sorte” de la Genèse semble plutôt bien décrire ce qu’on voit. On n’y voit pas de trace d’évolution entre des espèces, mais, nous l’avons déjà dit, un foisonnement cloisonné des espèces.
3. Peut-on mettre en discussion l’unité de la race humaine en Adam ? Ici, nous sortons des seuls textes de la Genèse. Le Nouveau Testament apporte un témoignage très clair sur la question. Des passages comme Actes 17.26, Romains 5.12-19 et 1 Corinthiens 15.45-49 ne font que souligner que Genèse 3.20 est à prendre à la lettre : L’homme appela sa femme du nom d’Eve (“Vivante”), car elle est devenue la mère de tous les vivants. (NBS) Cela veut dire que l’homo sapiens est issu de ce seul couple. La Bible ne nous laisse aucune latitude sur la question. [1]
A cela s’ajoute nécessairement la question des limites de la race humaine. Neandertal et Cro-Magnon ne peuvent pas vraiment être mis hors de l’humanité. Manifestement, ils ne sont pas des singes. Mais s’ils font partie de la race humaine, ils sont obligatoirement issus d’Adam et Eve. Car il n’y a pas plusieurs races humaines. Le choc est donc frontal entre la théorie de l’évolution et l’enseignement indiscutable de la Bible.
Vient alors logiquement la question s’il est possible de reculer la date de la création d’Adam et Eve. Un recul important, de l’ordre de dizaines de milliers d’années, voire de 200.000 ans et plus. Car c’est à cela qu’il faudra se résoudre si l’on veut tenir au témoignage de la Bible, même si la science n’accompagnera personne sur ce chemin. Balayer cela d’un revers de main ne ferait que montrer où en est le sola scriptura dans notre vie …
Cette question est bien sûr liée à cette autre question que la Bible nous oblige à poser.
4. Peut-on voir dans la chute autre chose que l’entrée du péché dans le monde ? Il n’est pas difficile de comprendre la pertinence de la question. Soit Adam et Eve sont les ancêtres de la race humaine dans sa compréhension large et dans ce cas, un gouffre d’au moins 200.000 ans les sépare de leur progéniture d’après la Bible, ce que le texte ne semble pas vraiment encourager, soit ils sont un couple récent mais alors la chute ne peut plus avoir le sens du péché qui entre dans le monde. Comme problème supplémentaire, il faut rappeler que la théorie dément avec force l’existence d’un couple originel. On préfère dès lors une redéfinition de la chute. Pourquoi ? Parce qu’il est évident que l’histoire interminable des Neandertal, des Cro-Magnon et des Sapiens n’est pas l’histoire idyllique et heureuse d’une race sans péché.
Est-il possible de lire dans le texte autre chose que l’entrée du péché dans le monde ? Romains 5.12-14 ferme cette porte : … de même que par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu’ainsi la mort est passée à tous les humains, parce que tous ont péché … car, jusqu’à la loi, le péché était bien dans le monde, mais le péché n’est pas mis en compte quand il n’y a pas de loi. Pourtant la mort a régné depuis Adam jusqu’à Moïse, même sur ceux qui n’avaient pas péché par une transgression semblable à celle d’Adam … [2]
Rien ne nous permet de donner au mot péché ici un autre sens qu’ailleurs dans les écrits de Paul. Le contexte immédiat met ce péché en rapport direct avec la loi. Le raisonnement de l’apôtre est que le péché atteint autant le païen, qui est sans la loi de Dieu, que le Juif à qui est révélée cette loi. La conclusion de Paul sur la condition humaine dans les chapitres 1 à 3 est sans appel : Or nous savons que tout ce que dit la loi, elle le dit à ceux qui sont sous la loi, afin que toute bouche soit fermée et que le monde entier soit coupable devant Dieu. (3.19) L’homme est devenu esclave du péché (6.6), qui règne dans son corps mortel et l’assujettit à ses désirs (6.12). Comment se voit le règne du péché ? Dès Romains 1, Paul en donne un aperçu : Comme ils n’ont pas jugé bon de reconnaître Dieu, Dieu les a livrés à leur manque de jugement, de sorte qu’ils font des choses indignes;  ils sont remplis de toute espèce d’injustice, de méchanceté, d’avidité, de malfaisance; pleins d’envie, de meurtre, de disputes, de ruses, de vices; diffamateurs, médisants, ennemis de Dieu, insolents, orgueilleux, fanfarons, ingénieux pour le mal, rebelles envers leurs parents, sans intelligence, sans loyauté, insensibles, sans compassion. (1.28-31)
Voilà le péché qui est entré dans le monde par la désobéissance d’Adam et Eve. Autrement dit, le monde d’avant la chute était parfait et  tellement différent de ce que nous connaissons depuis que nous avons difficile à l’imaginer. Dire qu’il n’y a rien de scandaleux à croire qu’il n’y ait pas eu de monde édénique revient à ne pas prendre toute la mesure du péché, ou à lire la Bible les yeux fermés.
La chute n’est donc pas la désobéissance à un appel de Dieu pour le représenter, mais la désobéissance à un ordre éthique qui a fait naître dans le cœur humain la liste de pensées, de comportements et d’attitudes qu’énumère l’apôtre dans le texte cité. Ces comportements ne sont donc pas le fruit normal des instincts hérités de l’évolution qui nous permettent de survivre dans un monde méchant. Ils sont le fruit du péché. Ils ne sont pas la normalité maudite dont la foi aurait sauvée Adam et Eve en devenant une famille spirituelle au milieu d’une race ignorante. C’est le contraire. En désobéissant à l’ordre de Dieu, Adam devient le chef d’une race dévoyée dans laquelle pénètre à cause de lui l’anormalité maudite du péché.
5. Peut-on admettre que la mort règne avant la chute ? Pour la théorie de l’évolution, cela est axiomatique. L’évolution procède par le moyen de la mort du plus faible et la survie du plus fort. Mais peut-on lire cela dans le texte de la Bible ?
La sentence de la mort est totalement indiscutable pour la race humaine. C’est la chute qui engendre la mortalité, Romains 5.12 et 1 Corinthiens 15.22. La race humaine est devenue mortelle par la désobéissance d’Adam. Autrement dit, depuis que les hommes meurent ils attestent par là leur descendance d’Adam le pécheur. Interpréter le registre fossile comme le témoignage de la mort humaine depuis des centaines de milliers d’années oblige donc à reculer la chute d’autant de millénaires. Il n’est guère besoin de dire que la théorie se lève contre un tel obscurantisme !
Et qu’en est-il de la mort dans le règne animal ? Genèse 1.30 exclut tout comportement carnivore avant la chute. Esaïe 11.6-9 renferme la violence animale sous le vocable du mal. Elle n’est pas un comportement normal dans un monde parfait. Il faut donc comprendre la création très bonne comme une création sans mort violente dans le règne animal. La violence animale fait partie du jugement, comme en Lévitique 26.22 et Ezéchiel 14.21. Nous avons argumenté en section 2 du chapitre 3 que c’est là la question essentielle. Quant à savoir si les animaux pouvaient mourir de vieillesse, la Bible n’en parle pas, à moins de comprendre Romains 5.12 et Romains 8.20-22 au sens traditionnel. C’est un sens qui convient bien.
6. Peut-on interpréter le déluge comme une inondation locale et limitée dans ses effets ? C’est encore une question cruciale. Tout d’abord, parce que notre lecture de Genèse 6-9 trahit notre manière de lire la Parole de Dieu. Le texte en soi est plutôt factuel, prosaïque et précis, et il est corroboré tant par Jésus (Luc 17.26,27) que par l’apôtre Pierre (2 Pierre 3.5-7). Lire dans ce texte le contraire de ce qu’il dit témoigne haut et fort de notre refus de lire ce qui est écrit. Ce n’est pas l’effet d’une mauvaise herméneutique, même si cela joue un rôle, mais le fait d’une mauvaise attitude de départ : nous nous ferions juges du texte contre tout ce qu’il affirme.
La question est cruciale pour une deuxième raison. La même science qui pousse les uns à se méfier du texte, ou même à s’en moquer, pousse les autres à chercher dans les couches géologiques le témoignage de cette année dramatique. Non pas parce que le texte n’est crédible qu’à partir du moment où l’on découvre des preuves indépendantes de ce qu’il affirme (ce serait une approche d’incroyant !), mais parce que les événements décrits dans le texte ont nécessairement laissé des traces monumentales dans la géologie. Lorsqu’on entend dire que la géologie ne montre pas de déluge global, et qu’il n’y a pas de données d’une extinction massive, on doit se demander si on cherche la même chose. Le géologue qui chausse des lunettes évolutionnistes ne voit aucune trace parce qu’il cherche ailleurs. Il cherche dans le Pleistocène des traces d’un déluge global et, ne les trouvant pas, conclut qu’un tel déluge n’a jamais existé. Le chrétien qui prend cela pour argent comptant retourne à la Bible et dit que le texte doit être réinterprété. Ainsi, le sola scientia chasse le sola scriptura. Le géologue qui chausse des lunettes créationnistes cherche ailleurs et voit les traces monumentales du déluge dans les couches géologiques tout autour de lui, de l’explosion cambrienne jusqu’au Pleistocène. Il retourne à la Bible et conclut que le récit est entièrement fiable. Par son travail scientifique, il ne va pas tant prouver la Bible, mais il va retracer dans les roches ce que, selon la Bible, il devrait y retrouver. Ce n’est pas une question de données, mais de prémisses.
Une lecture évolutionniste de Genèse 6-9 est-elle légitime ? Justement parce qu’elle est avant tout une non-lecture, elle ne peut être légitime. Quand on lit la Bible ainsi, il n’en reste plus rien. Dans l’article de Christianity Today, cité plus haut au chapitre 3, la conclusion suivante avait déjà été mentionnée : “‘La théologie de la Bible, peut-elle être vraie si les événements sur lesquels cette théologie est fondée sont fausses ?’ Si la science le remporte sur la Bible, qu’est-ce que cela implique pour la naissance virginale de Jésus, ou pour ses miracles ou pour la résurrection ? ‘L’herméneutique derrière l’évolution théiste est un cheval de Troie qui, une fois dans nos portes, causera la chute de toute la forteresse de la foi chrétienne.’” (Richard Phillips, Alliance of Confessing Evangelicals)
La question du déluge revient à reposer la première question, sur l’âge de l’univers. Si l’univers devait avoir un âge de 15 milliards d’années, ce temps servirait à quoi ? Le déluge ramène le Cambrien à un passé récent, entre 2.500 et 3.500 ans avant Christ. [3] Il ramène quelques 540 millions d’années d’évolution supposée à la seule année catastrophique du déluge. Cela laisse supposer que les 4 milliards d’années précédentes, comptées selon les mêmes prémisses erronées, peuvent être ramenées aux événements de la semaine de création. Est-il raisonnable d’interpréter l’âge de l’univers sur la base des mêmes prémisses fallacieuses ? On peut au moins en douter.

7. Peut-on accepter que Jésus et les apôtres aient parlé selon les lumières de leur temps en affirmant des choses inexactes sur les origines ? Pour être au clair de quoi nous parlons, voici une liste quasi complète des renvois à Genèse 1-11 dans le Nouveau Testament (sans l’Apocalypse), version du Semeur :
  • Il leur répondit : N’avez-vous pas lu dans les Ecritures qu’au commencement le Créateur a créé l’être humain homme et femme et qu’il a déclaré : C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et les deux ne feront plus qu’un ? (Matthieu 19.4,5 – Genèse 1.1,27; 2.24)
  • … pour que retombe sur vous le châtiment qu’appelle le meurtre de tous les innocents, depuis celui d’Abel, le juste, jusqu’à celui de Zacharie, fils de Barachie, que vous avez assassiné entre le Temple et l’autel du sacrifice. (Matthieu 23.35 – Genèse 4.8)
  • Lors de la venue du Fils de l’homme, les choses se passeront comme au temps de Noé; en effet, à l’époque qui précéda le déluge, les gens étaient occupés à manger et à boire, à se marier et à marier leurs enfants, jusqu’au jour où Noé entra dans le bateau. Ils ne se doutèrent de rien, jusqu’à ce que vienne le déluge qui les emporta tous. Ce sera la même chose lorsque le Fils de l’homme viendra. (Matthieu 24.37-39 – Genèse 6,7)
  • Jésus lui dit : Remets ton épée à sa place, car tous ceux qui se serviront de l’épée mourront par l’épée. (Matthieu 26.52 – Genèse 9.6)
  • Mais, au commencement de la création, Dieu a créé l’être humain homme et femme. C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme et les deux ne feront plus qu’un. Ainsi, ils ne sont plus deux, ils font un. (Marc 10.6-8 – Genèse 1.1,27; 2.24)
  • Jacob, Isaac, Abraham, Térah, Nahor,  Seroug, Rehou, Péleg, Héber, Chilah, Qaïnam, Arphaxad, Sem, Noé, Lémek, Mathusalem, Hénoc, Yered, Maléléel, Qenam, Enosch, Seth, Adam, qui était lui-même fils de Dieu. (Luc 3.34-38 – Genèse 1.27-11.26)
  • Le jour où le Fils de l’homme reviendra, les choses se passeront comme au temps de Noé : les gens mangeaient, buvaient, se mariaient et étaient donnés en mariage, jusqu’au jour où Noé entra dans le bateau. Alors vint le déluge qui les fit tous périr. (Luc 17.26,27 – Genèse 6,7)
  • Ecrivons-leur simplement de ne pas manger de viande provenant des sacrifices offerts aux idoles, de se garder de toute inconduite sexuelle, et de ne consommer ni viande d’animaux étouffés ni sang. (Actes 15.20 – Genèse 9.4)
  • A partir d’un seul homme, il a créé tous les peuples pour qu’ils habitent toute la surface de la terre; il a fixé des périodes déterminées et établi les limites de leurs domaines. (Actes 17.26 – Genèse 3.20)
  • Par un seul homme, le péché est entré dans le monde et par le péché, la mort, et ainsi la mort a atteint tous les hommes parce que tous ont péché… (Romains 5.12 – Genèse 3)
  • Car le péché a pris appui sur le commandement : il m’a trompé et m’a donné la mort en se servant du commandement. (Romains 7.11 – Genèse 3.1)
  • Car la création a été soumise au pouvoir de la fragilité; cela ne s’est pas produit de son gré, mais à cause de celui qui l’y a soumise. Il lui a toutefois donné une espérance : (Romains 8.20 – Genèse 3.17-19)
  • Ou bien, ignorez-vous qu’un homme qui s’unit à une prostituée devient un seul corps avec elle ? Car il est écrit : Les deux ne feront plus qu’un. (1 Corinthiens 6.16 – Genèse 2.24)
  • L’homme ne doit pas avoir la tête couverte, puisqu’il est l’image de Dieu et reflète sa gloire. La femme, elle, est la gloire de l’homme. En effet, l’homme n’a pas été tiré de la femme, mais la femme de l’homme, (1 Corinthiens 11.7,8 – Genèse 1.27; 2.22)
  • Car, tout comme la mort a fait son entrée dans ce monde par un homme, la résurrection vient aussi par un homme. En effet, de même que tous les hommes meurent du fait de leur union avec Adam, tous seront ramenés à la vie du fait de leur union avec le Christ. (1 Corinthiens 15.21,22 – Genèse 3)
  • L’Ecriture ne déclare-t-elle pas : Le premier homme, Adam, devint un être vivant, doué de la vie naturelle ? Le dernier Adam est devenu, lui, un être qui, animé par l’Esprit, communique la vie. (1 Corinthiens 15.45 – Genèse 2.7)
  • En effet, le même Dieu qui, un jour, a dit : Que la lumière brille du sein des ténèbres, a lui-même brillé dans notre cœur pour y faire resplendir la connaissance de la gloire de Dieu qui rayonne du visage de Jésus-Christ. (2 Corinthiens 4.6 – Genèse 1.3)
  • Or, j’ai bien peur que vous laissiez votre esprit se corrompre et se détourner de votre attachement sincère et pur au Christ, comme Eve s’est laissé séduire par le mensonge “tortueux” du serpent. (2 Corinthiens 11.3 – Genèse 3)
  • C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme et les deux ne seront plus qu’une seule chair. (Ephésiens 5.31 – Genèse 2.24)
  • En effet, Adam fut créé le premier, Eve ensuite. Ce n’est pas Adam qui a été détourné de la vérité, c’est la femme, et elle a désobéi au commandement de Dieu, (1 Timothée 2.13,14 – Genèse 2,3)
  • Par la foi, nous comprenons que l’univers a été harmonieusement organisé par la parole de Dieu, et qu’ainsi le monde visible tire son origine de l’invisible. Par la foi, Abel a offert à Dieu un sacrifice meilleur que celui de Caïn. Grâce à elle, il a été déclaré juste par Dieu qui a témoigné lui-même qu’il approuvait ses dons, et grâce à elle Abel parle encore, bien que mort. Par la foi, Hénoc a été enlevé auprès de Dieu pour échapper à la mort et on ne le trouva plus, parce que Dieu l’avait enlevé. En effet, avant de nous parler de son enlèvement, l’Ecriture lui rend ce témoignage : il était agréable à Dieu. Or, sans la foi, il est impossible de lui être agréable. Car celui qui s’approche de Dieu doit croire qu’il existe et qu’il récompense ceux qui le cherchent. Par la foi, Noé a construit un bateau pour sauver sa famille : il avait pris au sérieux la révélation qu’il avait reçue au sujet d’événements qu’on ne voyait pas encore. En agissant ainsi, il a condamné le monde. Et Dieu lui a accordé d’être déclaré juste en raison de sa foi. (Hébreux 11.3-7 – Genèse 1-7)
  • Vous vous êtes approchés de Jésus, le médiateur d’une alliance nouvelle, et de son sang répandu qui parle mieux encore que celui d’Abel. (Hébreux 12.24 – Genèse 4.10)
  • Nous nous en servons pour louer le Seigneur, notre Père, et nous nous en servons aussi pour maudire les hommes, pourtant créés pour être ceux qui lui ressemblent. (Jacques 3.9 – Genèse 1.27)
  • … alors que Dieu faisait preuve de patience pendant que Noé construisait le bateau. Un petit nombre de personnes, huit en tout, y furent sauvées à travers l’eau. (1 Pierre 3.20 – Genèse 6,7)
  • En effet, Dieu n’a pas épargné les anges qui ont péché : il les a précipités dans l’abîme où ils sont gardés pour le jugement, enchaînés dans les ténèbres. Il n’a pas non plus épargné le monde ancien, lorsqu’il fit fondre le déluge sur ce monde qui n’avait aucun respect pour lui. Il a néanmoins protégé Noé, qui appelait ses contemporains à mener une vie juste, ainsi que sept autres personnes avec lui. (2 Pierre 2.4,5 – Genèse 6)
  • Mais il y a un fait que ces gens oublient délibérément : c’est que Dieu, par sa parole, a créé autrefois le ciel et la terre. Il a séparé la terre des eaux et il l’a rassemblée du milieu des eaux. De la même manière, Dieu a détruit le monde d’alors par les eaux du déluge. Quant à la terre et aux cieux actuels, ils sont réservés par cette même parole pour être livrés au feu : ils sont gardés en vue du jour du jugement où tous ceux qui n’ont aucun respect pour Dieu périront. (2 Pierre 3.5-7 – Genèse 1,6-8)
  • Que personne ne suive donc l’exemple de Caïn, qui appartenait au diable et qui a égorgé son frère. Et pourquoi l’a-t-il égorgé ? Parce que sa façon d’agir était mauvaise, alors que celle de son frère était juste. (1 Jean 3.12 – Genèse 4.6-10)
  • Dieu a gardé, enchaînés à perpétuité dans les ténèbres pour le jugement du grand Jour, les anges qui ont abandonné leur demeure au lieu de conserver leur rang. … Malheur à eux ! Ils ont marché sur les traces de Caïn; par amour du gain, ils sont tombés dans la même erreur que Balaam; ils ont couru à leur perte en se révoltant comme Qoré. (Jude 6,11 – Genèse 6.1-3; 4.8)
  • A eux aussi s’applique la prophétie d’Hénoc, le septième patriarche depuis Adam, qui dit : Voici, le Seigneur va venir avec ses milliers d’anges (Jude 14 – Genèse 5.24)

Il n’y a pas de doute que le Nouveau Testament lit le récit de Genèse 1-11 comme étant récit vrai et factuel de ce qui s’est passé aux origines. Il ne faut donc pas seulement réinterpréter le texte de la Genèse pour l’ensemble de ces chapitres, mais également la plupart de ces textes du Nouveau Testament … et les doctrines fondées sur ces textes. Faire de Jésus un enfant de son temps n’est pas vraiment possible, à moins de changer radicalement de Christologie. Argumenter de la connaissance nécessairement limitée des apôtres met l’inspiration des Ecritures sous une tension insupportable, et promet pour ce qu’on sera prêt à accepter pour le reste de la Bible lorsque la foi sera suffisamment érodée. Ce n’est pas que des arguments n’aient pas été développés pour atténuer ces conclusions. C’est que ces arguments sont insuffisants, et suspects de par leur motivation même.

Où cela nous laisse-t-il ? A dire que l’évolutionnisme dit faux et que le créationnisme dit vrai ? Non. Ce serait échanger un système de pensée, une explication scientifique, contre un autre. Or, il n’y a rien d’aussi changeable qu’une explication scientifique, et particulièrement là où la science touche à l’histoire. Car, ne l’oublions pas, la science de l’histoire n’est pas une science qui se démontre au laboratoire. Dans ce domaine, les certitudes d’aujourd’hui sont les erreurs de demain. Cela ne veut pas dire que donc on ne peut pas savoir. Cela veut plutôt dire que notre savoir est d’abord fondé sur la Parole de Dieu. Cela nous laisse donc avec la confiance inébranlable que la Bible dit vrai, que Dieu ne ment pas. Cette confiance va de pair avec la certitude que toute théorie qui oblige à sacrifier l’enseignement clair de la Bible à une interprétation alambiquée qui n’est pas en harmonie avec l’ensemble du texte biblique est une théorie à rejeter, même si pour cela nous devrons aller contre l’opinion majoritaire du moment. Ce n’est pas une preuve d’obscurantisme ou de sectarisme. C’est bien au contraire témoigner d’une grande lucidité. Post tenebras lux. Après les ténèbres, la lumière.
Bien sûr, on nous accusera de faire obstruction à la foi chrétienne. Davis Young, géologue à Calvin College, et auteur entre autres d’un livre où il s’attaque avec virulence à une géologie fondée sur le déluge, écrit ailleurs :
“Maintenir les positions du créationnisme moderne et d’une géologie du déluge n’est pas seulement inutile sur le plan apologétique face à  des scientifiques non-croyants, c’est dommageable. Bien que beaucoup de gens sans formation scientifique aient été convaincus par les arguments créationnistes, le scientifique non-croyant raisonnera qu’un Christianisme qui admet de telles absurdités doit être une religion qui ne mérite pas son intérêt … Le créationnisme moderne, en ce sens, est inefficace tant sur le plan de l’apologétique que sur le plan de l’évangélisation. Ce pourrait même être un obstacle à l’Evangile.
“Un autre danger possible est qu’en présentant l’Evangile aux perdus et en défendant la vérité de Dieu, nous paraîtrions nous-mêmes des faux témoins. Il est grand temps que le peuple chrétien reconnaisse que ce créationnisme moderne, présentant une terre jeune, fondé sur une géologie du déluge, est faux. Il n’est tout simplement pas en accord avec les faits que Dieu a donnés. Le créationnisme devrait être abandonné par les chrétiens avant qu’il y ait trop de dommages …” [4]
Prendre la Parole de Dieu à la lettre serait ainsi devenu un obstacle à l’Evangile ? On croit rêver !  Nous serions des faux témoins parce que nous ne serions pas convaincus par l’Evangile selon Darwin ? Avant de verser une larme devant ce plaidoyer “touchant”, aussi étonnant qu’outrancier, posons quelques questions.
Aurions-nous été tenus dans le noir concernant le flot incessant de personnes qui auraient trouvé le salut en Jésus-Christ suite à l’évangélisation inspirée par le Darwinisme ? Mais où sont ces nouveaux chrétiens ? On a tout de même plus l’habitude d’entendre parler de chrétiens qui perdent la foi à cause de l’évolutionnisme ! Et dans ce dernier cas, plus fréquent qu’on ne voudrait l’admettre, faut-il penser à la parole de Jésus : Il est inévitable qu’il y ait pour les hommes des occasions de pécher, mais malheur à celui qui provoque la chute de quelqu’un (Luc 17.1 Sem) ? Que le créationnisme pousse à l’évangélisation n’est un secret pour personne. L’obstacle du créationnisme, on le sent bien, se manifeste devant ceux qui ont une formation scientifique. Cela peut bien être le cas. Jésus ne dit-il pas que les riches entrent difficilement dans le royaume de Dieu ? Mais combien de personnes avec une formation scientifique sont venus à la foi chrétienne sur la base d’une Bible relue selon Darwin ? Que des chrétiens aient leur “coming out” en faveur de l’enseignement de l’évolution, ne prouve rien. Bien au contraire, il faudrait aussi demander quelle est la part de responsabilité de l’acception de l’évolution dans la perte de vitesse de tant d’églises.
Quelle foi chrétienne peut vraiment demeurer debout une fois que l’on accepte que ce qu’enseigne le Nouveau Testament sur l’unité de la race en Adam et sur l’historicité de la chute n’est pas vrai, sauf éventuellement dans un sens vaguement “spirituel” ? Une fois que ces fondements sont renversés, la foi chrétienne historique peut-elle survivre ? Nier la véracité des textes de Genèse 1-11, est-ce la nouvelle manière de mettre en pratique 2 Timothée 3.16,17 ? Toute Ecriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, pour convaincre, pour redresser, pour éduquer dans la justice, afin que l’homme de Dieu soit adapté et préparé à toute œuvre bonne.
Une fois que l’on a accepté la vérité de la théorie de l’évolution, voici quelques exemples de “mensonges” du texte biblique dans la Genèse. Il s'agit d’affirmations claires du texte que la théorie nous oblige de rejeter :
Dieu dit : Que la terre produise des êtres vivants selon leur espèce, bétail, reptiles, animaux terrestres, chacun selon son espèce. Il en fut ainsi. Dieu fit les animaux de la terre selon leur espèce, le bétail selon son espèce, et tous les reptiles du sol selon leur espèce. Dieu vit que cela était bon. (1.24,25)
Non, car ces êtres vivants ont évolué l’un à partir de l’autre. Ils n’ont donc pas une origine séparée.
Dieu créa l’homme à son image : Il le créa à l’image de Dieu. (1.27)
Non, l’homme n’est pas une créature distincte avec une origine séparée des animaux.
A tout animal de la terre, à tout oiseau du ciel, à tout ce qui rampe sur la terre et qui a souffle de vie, je donne toute herbe verte pour nourriture. Il en fut ainsi. (1.30)
Non, cela n’a jamais été le cas. Ce que dit ce texte est faux.
Dieu vit alors tout ce qu’il avait fait, et voici : c’était très bon. (1.31)
Non, le mal, la maladie et la mort ont toujours fait partie de notre monde.
Alors l’Eternel Dieu fit tomber un profond sommeil sur l’homme qui s’endormit; il prit une de ses côtes et referma la chair à sa place. L’Eternel Dieu forma une femme de la côte qu’il avait prise à l’homme et il l’amena vers l’homme. Et l’homme dit : Cette fois c’est l’os de mes os, La chair de ma chair. C’est elle qu’on appellera femme, Car elle a été prise de l’homme. C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair. (2.21-24)
Non, l’humanité n’est pas issue d’un seul couple.
Non, la femme n’a pas son origine en l’homme.
quant au fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n’en mangerez pas et vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez. (3.3)
Non. L’homme est mortel depuis toujours.
Le sol sera maudit à cause de toi; C’est avec peine que tu en tireras ta nourriture Tous les jours de ta vie, il te produira des chardons et des broussailles. (3.17,18)
Non, la terre n’a subi aucun changement de ce genre à cause de la désobéissance de l’homme.
L’homme donna à sa femme le nom d’Eve : car elle a été la mère de tous les vivants. (3.20)
Non, l’humanité n’est pas issue de ce couple.
Dieu vit que la terre était corrompue; car toute chair avait une conduite corrompue sur la terre.  Alors Dieu dit à Noé : J’ai décidé de mettre fin à tous les êtres vivants; car la terre est pleine de violence à cause d’eux; je vais donc les détruire avec la terre. … quant à moi je vais faire venir le déluge sur la terre, pour détruire toute chair qui sous le ciel a souffle de vie; tout ce qui est sur la terre périra. (6.12,13,17)
Non, il n’y a jamais eu de déluge global, mettant fin à l’humanité.
Tu feras aussi entrer dans l’arche deux animaux de chaque espèce vivante, pour qu’ils survivent avec toi : tu prendras un mâle et une femelle. (6.19)
Non, il est ridicule de penser que Noé ait pu mettre tous ces animaux dans l’arche.
L’an 600 de la vie de Noé, le deuxième mois, le 17e jour du mois, en ce jour-là toutes les sources du grand abîme jaillirent, et les écluses du ciel s’ouvrirent. Il y eut de la pluie sur la terre quarante jours et quarante nuits. (7.11,12)
Non, le déluge n’était qu’une inondation locale qui n’affectait en rien la géologie, la géographie ou l’hydrologie. Il n’y a pas assez d’eau pour une pluie pareille.
J’établis mon alliance avec vous : (il n’arrivera) plus que toute chair soit retranchée par les eaux du déluge, et il n’y aura plus de déluge pour détruire la terre. (9.11)
Non, il y a eu d’innombrables inondations depuis, avec des pertes de vies et des destructions énormes.

Faut-il continuer ? N’est-il pas évident qu’un tel traitement du texte biblique ne peut être celui d’un chrétien ? Oui, mais tout cela, ce ne sont que des nuances de compréhension. On peut très bien comprendre ces choses autrement. Vraiment ? Les comprendre autrement, n’est-ce pas plutôt arrêter de lire le texte ?
C’est vrai que parler de ces choses dans le monde actuel ne rend pas la foi chrétienne plus attrayante. Sauf, peut-être, auprès de ceux qui réfléchissent et qui trouvent difficile de croire dans les fables de l’évolution. Selon la Bible, ils font partie des bons observateurs de la nature : Car, depuis la création du monde, les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité se voient dans ses œuvres quand on y réfléchit. Ils n’ont donc aucune excuse, car alors qu’ils connaissent Dieu, ils ont refusé de lui rendre l’honneur que l’on doit à Dieu et de lui exprimer leur reconnaissance. Ils se sont égarés dans des raisonnements absurdes et leur pensée dépourvue d’intelligence s’est trouvée obscurcie. Ils se prétendent intelligents, mais ils sont devenus fous. (Romains 1.20-22 Sem)

Pour le croyant, la question des origines n’est pas d’abord une question de science. Elle est d’abord une question de théologie. La Bible, et la foi judéo-chrétienne fondée sur elle, nous enseigne qu’il faut mettre le qui avant le comment et que le comment est déterminé par le qui. L’évolution ne s’intéresse qu’au comment. Elle ne peut tolérer l’irruption du qui dans la question. Il n’y a donc pas de place pour la théologie. Il n’y a que de la mécanique.
Le problème du chrétien évolutionniste est qu’en voulant conserver la théologie, il est cependant forcé à sacrifier sur l’autel de la mécanique évolutionniste. C’est que la Bible ne lui rend pas les choses faciles. Ce qu’elle affirme si clairement est “scientifiquement” irrecevable. Il se trouve alors devant un choix : sola scriptura ou sola scientia ? Pour ce qui est de la Genèse, les sirènes du sola scientia l’ont séduit. Mais sait-il à quel prix ?
Ah ! fais-nous revenir à toi, ô Eternel, pour que nous revenions ! Renouvelle pour nous les jours des anciens temps ! (Lamentations 5.21 Sem)


[1] La note qu’ajoute John Stott (qui n’est pas créationniste) à son texte sur Romains 5-8, Des hommes nouveaux, Lausanne, PBU, 1976, p 28, mérite la lecture : “Aujourd’hui il est de bon ton de considérer l’histoire d’Adam et Eve comme un “mythe” et non comme un fait historique. Mais l’Ecriture elle-même ne le permet pas. Il peut bien y avoir quelques éléments symboliques dans les trois premiers chapitres de la Genèse. Nous ne voudrions pas dogmatiser, par exemple, sur la nature précise des sept jours, du serpent, de l’arbre de vie ou de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Mais ceci ne veut pas dire que nous doutions qu’Adam et Eve fussent des personnes réelles qui furent créées bonnes et tombèrent par la désobéissance dans le péché. Le meilleur argument en faveur de l’historicité d’Adam et Eve n’est pas scientifique (p. ex. le monogénisme de la race humaine), mais théologique. Le chrétien selon la Bible accepte l’historicité d’Adam et d’Eve non pas essentiellement à cause du récit de l’Ancien Testament, mais à cause de la théologie du Nouveau Testament. En Romains 5.12-19 et en 1 Corinthiens 15.21,22,45-49 l’apôtre dresse une comparaison entre Adam et Christ, dont la validité repose sur l’historicité des deux. Chacun est présenté comme la tête d’une race – l’humanité déchue qui doit sa ruine à Adam, et l’humanité rachetée qui doit son salut à Christ. La mort et la condamnation sont liées à la désobéissance d’Adam, la vie et la justification à l’obéissance de Christ. Toute l’argumentation est construite sur deux actes historiques : la désobéissance obstinée d’Adam et l’obéissance faite de renoncement de Christ.”
[2] Toutes les citations de Romains sont tirées de la Nouvelle Bible Segond.
[3] Cela dépend de la chronologie du texte massorétique de l’Ancien Testament ou de celui de la Septante.
[4] Davis Young, Christianity and the Age of the Earth, Artisan Sales, Thousand Oaks, CA, 1988, p. 163. Davis Young est géologue. La citation se trouve sur http://www.talkorigins.org/faqs/faq-noahs-ark.html#philosophy. Voir aussi : http://www.skeptictank.org/files/evolut/crebad.htm.

samedi 12 mai 2012

Il y a mythes et mythes

Il y a mythes et mythes
Matthieu Richelle aime comparer la Genèse aux mythes de l’ancien Proche Orient. Même s’il dit qu’il faut rester prudent, on sent bien que la Genèse a trop de liens avec les mythes des peuples environnants pour être considérée comme un texte indépendant. Parmi ces mythes et autres traditions, en dehors de l’inévitable Epopée de Gilgamesh, il cite le mythe d’Adapa et les listes royales sumériennes.
Concernant le premier, l’étude détaillée de Nozomi Osanai, A Comparative Study of the Flood Accounts in the Gilgamesh Epic and Genesis, mérite le détour. [1] Après sept longs chapitres d’analyse, elle arrive à la conclusion qu’il n’y a pas de dépendance mutuelle entre les deux récits (c’est aussi l’opinion de K. A. Kitchen : “Probablement, les récits hébreux et babyloniens puisent à la source d’une tradition ancienne commune, mais ils ne sont pas empruntés directement l’un à l’autre.”[2] En comparant le détail des deux récits, elle écrit qu’il lui semble raisonnable de conclure que le récit babylonien a perdu sa justesse historique et qu’il fut déformé là où le récit de la Genèse contient un rapport historique exact.
Concernant l’Enuma Elish, le récit babylonien de la création [3], le jugement de W. G. Lambert [4], cité dans l’article de John Bloom et de C. John Collins, “Creation accounts and ancient Near Eastern religions” [5] est que l’Enuma Elish “n’est pas la norme de la cosmologie babylonienne ou sumérienne C’est une combinaison sectaire et aberrante de fils mythologiques tissés pour former une composition sans parallèles.”
Sur le mythe d’Adapa, il est peut-être suffisant de lire ce que raconte ce mythe [6] pour se convaincre de la distance énorme, abyssale !, entre les deux récits. Adapa n’est pas présenté comme le premier homme mais comme un sage, conseiller du premier roi sumérien Alulim. Le mythe identifie un problème humain mais en donne une explication totalement insuffisante. [7]
Bloom et Collins notent l’absence frappante d’une création ex nihilo du monde matériel par un Dieu transcendant et préexistent dans les mythes anciens. Cela est unique dans le récit de la Genèse. De même, aucun texte ne présente la création d’une seule personne, comme Adam, ou d’un premier couple, de qui sont descendus tous les humains.

La liste royale sumérienne a été étudiée en détail par Raúl Erlando López, “The antediluvian patriarchs and the Sumerian king list.” [8] Cette liste contient dans sa section antédiluvienne les noms de huit rois (ce qui se compare aux dix patriarches de la Genèse moins Adam et Noé. Le Noé sumérien, Ziusudra, n’est pas mentionné). Nous donnons ici un large extrait de cet article, comme exemple de la convergence qui peut exister entre de vieilles traditions et la Genèse.
En voici la section antédiluvienne, en Anglais [9] :
When the kingship was lowered from heaven
(In) Eridu(g) A-lulim(ak)
reigned 28,800 years;
Alalgar reigned 36,000 years.
2 kings
reigned its 64,800 years.
I drop (the topic) Eridu(g);
(In) Bad-tibira(k) En-men-lu-Anna(k)
reigned 43,200 years;
En-men-gal-Anna(k)
reigned 28,800 years;
divine Dumu-zi(d), a shepherd, reigned 36,000 years.
3 kings
reigned its 108,000 years.
I drop (the topic) Bad-tibira(k);
(In) Larak En-sipa(d)-zi(d)-Anna(k)
reigned its 28,800 years.
1 king
reigned its 28,800 years.
I drop (the topic) Larak;
(In) Sippar En-men-dur-Anna(k)
reigned 21,000 years.
1 king
reigned its 21,000 years.
I drop (the topic) Sippar;
(In) Shuruppak Ubar-Tutu(k)
reigned 18,600 years.
1 king
reigned its 18,600 years.
5 cities were they;
8 kings
reigned their 241,200 years.
The Flood swept thereover.

Les Sumériens et les Babyloniens utilisaient un système numérique sexagésimal selon l’illustration suivante : 


Dans un tel système, et partant d’un total arrondi de 241.200 ans indiqué dans le document, il est possible que le scribe ait attribué des âges aux rois individuels pour arriver à ce total. Cela pourrait ressembler à l’illustration à gauche : 








Ce qui est remarquable, c’est que la liste des huit patriarches de la Genèse, quand on écrit leurs âges de la même façon, mais selon un système décimal, donnerait un total qui s’écrirait à l’identique ! Voici l’équivalence des signes proposée par López et, ci-dessous, l’application à la Genèse en utilisant une règle d’arrondi semblable : 


López arrive aux conclusions suivantes :
“Il y a très peu de probabilité que la ressemblance entre les deux documents [la liste royale et la Genèse] soit fortuite. De l’autre côté, il est plus qu’invraisemblable que le récit biblique soit dérivé de la liste sumérienne du fait des différences entre les deux récits, et la supériorité évidente du récit de la Genèse, tant en précision numérique, en réalisme et en détails fournis, qu’en qualités spirituelles et morales. Il est bien plus raisonnable de penser que le scribe sumérien qui a composé la liste antédiluvienne originale possédait un document (probablement une tablette en argile) avec des informations numériques sur les âges de huit des patriarches, similaire au récit de la Genèse, et qu’il l’a interprété erronément comme étant écrit dans un système sexagésimal. Une autre explication serait que les Sumériens avaient une tradition orale du monde antédiluvien qui se limitait à un cadre général de l’histoire, au nombre d’individus impliqués, à une approximation de leurs âges et à un total arrondi. Ces nombres étaient exprimés à l’origine dans un système décimal, mais au moment où la liste antédiluvienne a été mise par écrit, on les a compris selon un système sexagésimal.
Le fait même que des éléments numériques du récit antédiluvien biblique apparaissent si distinctement dans le contexte d’un document sumérien profane comme la Liste royale témoigne en faveur de l’historicité des premiers chapitres du livre de la Genèse. La description biblique n’est donc pas limitée aux Hébreux. Il est manifeste qu’il y avait également une ancienne tradition du monde antédiluvien au début de la culture mésopotamienne. Mais le fait que le récit sumérien paraît être une version incomplète, avec des chiffres arrondis, de la description de la Genèse, sans la précision et le grand nombre de détails de cette dernière, et sans sa profondeur morale et spirituelle est un argument lourd en faveur de la priorité, de la justesse et de la supériorité du récit biblique. Et, pour finir, les parallèles clairs entre les données sumériennes et bibliques, tant  en qualité qu’en détails numériques, ouvrent la possibilité d’établir des corrélations entre le reste de la Liste royale et les premiers chapitres du livre de la Genèse.”

Est-il vraiment juste de conclure que l’auteur de la Genèse ne voulait pas être pris au sens littéral ? En dehors d’Adam et Eve, tout est-il vraiment à prendre au sens figuratif ? Matthieu Richelle invoque le poids des exégètes modernes, mais cela ne peut guère suffire ! Leur explication de Genèse 3 comme racontant l’expulsion du traitre hors du sanctuaire, à grand renfort d’images, semble bien plus mythique que le récit sobre de la Genèse ! Il y a mythe et mythe ! Le souci d’être en accord avec la science et l’exégèse modernes semble peser bien plus lourd que le souci de lire la Bible en son sens premier. Le sola scriptura est évacué un peu trop facilement par le sola scientia.  
Il est dommage que l’orateur n’ait pas jugé bon d’ajouter les nombreuses traditions du Déluge qui ne font que confirmer le sens littéral du texte de la Genèse. Nous y avons déjà fait référence. La première question lors de la table ronde y a fait allusion : D’où peuvent venir les mythes des origines ou du déluge ? Dans sa réponse, Henri Blocher résume les trois hypothèses suivantes. 1. Ces mythes peuvent trouver leur origine dans la mémoire transmise des événements. 2. Ils sont issus de l’inconscient collectif (la pensée de Jung). 3. Des conditions semblables ont conduit aux mythes semblables.
La deuxième option ne résout rien. Il faudra expliquer d’où vient cet inconscient collectif. Souvent, il proviendra du refoulement collectif d’un événement dont le souvenir est hautement désagréable. Ce qui nous met devant les deux autres options.
La troisième option a des limites évidentes. Prenons les mythes du déluge. [10] Comment expliquer ainsi les nombreux mythes qui racontent que la méchanceté humaine était la cause d’un déluge mondial qui couvrait les montagnes et dont une seule personne, souvent avec sa famille, parfois indiquant qu’ils étaient huit en total, furent sauvées en fabriquant un bateau ?
Le détail de beaucoup de ces mythes est remarquable. On les trouve chez les Miao en Chine comme chez les Aborigènes d’Australie, chez les Choctaw en Amérique du Nord comme chez les Biami en Nouvelle Guinée.
John D. Morris résume les traits communs de ces récits de la manière suivante. Les pourcentages indiquent la fréquence dans les récits de l’énoncé. [11]

  1. Une famille juste. 88% 
  2. Ils ont été avertis. 66% 
  3. Le déluge a été causé par la méchanceté humaine. 66% 
  4. La catastrophe s’est limitée à un déluge. 95% 
  5. Le déluge était universel. 95% 
  6. La survie était due à un bateau. 70% 
  7. Des animaux furent sauvés. 67% 
  8. Des animaux figuraient dans le récit. 73% 
  9. Les survivants ont atterri sur une montagne. 57% 
  10. Une géographie locale. 82% 
  11. Des oiseaux furent envoyés. 35% 
  12. Mention de l’arc en ciel. 7% 
  13. Les survivants offrent un sacrifice 13% 
  14. Huit personnes furent sauvées. 9%


Est-il vraiment raisonnable de penser que quelques 270 peuples aient développé le même genre de mythe avec autant de détails semblables parce qu’ils ont tous vécu, indépendamment les uns des autres, une catastrophe universelle distincte ? Si l’on ajoute à cela que dans plusieurs traditions se retrouve aussi un récit comme celui de la tour de Babel (les Choctaw aux USA, les Anahuac au Mexique, les Miao en Chine …) la probabilité de cette troisième option tombe pratiquement à zéro.
On revient alors par nécessité à la première option. Dans une compréhension évolutionniste, cela est peu digeste, nous le comprenons, mais y a-t-il vraiment le choix ? Or, dans une conception biblique des choses, la transmission d’une telle mémoire n’a rien d’exceptionnel. Nous ne parlons pas de dizaines de milliers d’années, mais d’une histoire récente. Dans l’optique d’une dispersion récente à partir de Babel, au troisième millénaire avant Christ, la mémoire peut jouer son rôle déterminant naturel.
N’est-ce pas justement l’absence de ces mythes qui eut été choquante ? Une telle absence aurait été un argument de choix contre le récit biblique d’un déluge universel. On n’aurait pas manqué de se servir d’un tel argument contre la Bible. Mais comme ces mythes existent, on passe à une autre tactique : soit on n’en parle pas, soit on raisonne qu’ils auraient dû ressembler davantage au récit de la Genèse. Cela ressemble un peu trop au : pile je gagne, face tu perds !
L’existence des mythes, qu’ils concernent la création, le déluge ou la tour de Babel ne rend pas le récit de la Genèse moins crédible. Bien au contraire, la sobriété même du récit, sa profondeur morale et spirituelle et ses détails chronologiques précis devraient nous inspirer une grande confiance. Nous ne sommes pas ici devant un mythe de plus (en quoi, un tel mythe aurait-il une crédibilité supérieure aux autres ? Dieu nous aurait-il donné un mythe de plus ?), mais devant la description factuelle de ce qui s’est réellement passé. Nous avons ici l’histoire qui sous-tend les mythes.
Mais, bien sûr, cela ne prouve rien en soi. Il n’est pas possible de prouver que la Genèse soit vraie, ni par un recours aux mythes, ni même par un recours à la science. La création, comme l’évolution, d’ailleurs, ne peut être prouvée. Nous devons plutôt parler d’un faisceau de probabilité. Les mythes et les traditions anciens, tout comme la science, nous fournissent un ensemble de probabilités et de vérifications partielles. A nous de les comparer à la Genèse pour voir où penche la balance. Nous croyons que la balance penche en faveur du récit de la Genèse, compris comme il a toujours été compris dans l’histoire avant 1800 et comme, manifestement, l’auteur voulait qu’il soit compris.

Les deux citations suivantes serviront de conclusion à cette section sur les anciens mythes. Elles proviennent de Chine et datent de la dynastie Ming (1368-1644), tout en se référant à une période bien antérieure. Il s’agit non pas de mythes, mais de prières à Shang-Ti, le Dieu souverain, dont la première mention se trouve dans le Chou-King, dans les Canons de Shun, empereur de 2256 à 2205 avant Christ. La comparaison avec Genèse 1 est étonnante, troublante même.
“Il y a longtemps, au commencement, il y eut un grand chaos, sans forme et ténébreux. Les cinq éléments (les planètes) n’avaient pas commencé à tourner et le soleil et la lune ne brillaient pas encore. Toi, ô Souverain spirituel, tu as d’abord séparé les plus grandes parties des plus pures. Tu as fait le ciel et tu as fait la terre. Tu as fait l’homme. Toutes choses avec leur pouvoir de reproduction ont reçu leur existence.”
“O Te, lorsque tu avais séparé le Yin et le Yang (= les cieux et la terre), tu as commencé ton œuvre créatrice. Tu as produit, ô Esprit, le soleil et la lune et les cinq planètes, et leur lumière était pure et belle. L’étendue céleste était drapée comme un rideau et la terre carrée faisait vivre tout ce qui s’y trouvait, et toutes choses étaient heureuses. Moi, ton serviteur, je viens te rendre grâce avec révérence et, pendant que j’adore, je m’adresse à toi, ô Te, en t’appelant Souverain.” [12]


[1] L’ensemble de son étude est disponible ici : http://www.answersingenesis.org/articles/csgeg
[2] K.A. Kitchen, Ancient Orient and Old Testament, Inter-Varsity Press, 1966; reprint, Wipf and Stock Publishers, Eugene, p. 90, 2001, cité par Osanai.
[3] Accessible en Anglais ici : http://www.sacred-texts.com/ane/stc/index.htm
[4] W. G. Lambert, “A new look at the Babylonian background of Genesis”, J Theol Studies (1965) XVI(2): 287-300 doi:10.1093/jts/XVI.2.287. Le texte complet de Lambert se trouve sur Google Books in: Richard S. Hess et David Toshio Tsumura ed., I studied inscriptions from before the Flood, Ancient Near Eastern, literary and linguistic approaches to Genesis 1-11, Sources for Biblical and theological studies, Volume 4, 1994 Eisenbrauns, pp 96ss.
[5] Christian Research Journal 35/01 2012.
[7] Cf. Bloom et Collins, Ibid.
[8] CEN Tech. J. 12(3):347-357  1998. Son article peut être consulté sur : http://www.answersingenesis.org/articles/tj/v12/n3/sumerian
[9] Art. cit. Selon : Jacobsen, T., The Sumerian King List, The University of Chicago, Chicago, IL, 217 pp, 1939.
[10] Cf. chapitre 3 section 4.
[12] James Legge, “The notions of the Chinese concerning God and Spirits”, p. 28, Hong Kong, Hong Kong Register Office, 1852. Le livre de Legge est téléchargeable ici : http://www.scribd.com/doc/28777511/Legge-1852-the-Notions-of-the-Chinese-Concerning-God-and-Spirits-pdf.